Exposición en línea
Nos chimères sont-elles ce qui nous ressemble le mieux ?
14 sep - 13 dic 2026
14 sep - 13 dic 2026


© Éléonore Sense
Exposition en ligne de neuf œuvres vidéo, « Nos chimères sont-elles ce qui nous ressemble le mieux ? » questionne la présence des grands modèles de langage (LLM) et des systèmes d’intelligence artificielle (IA) dans la production des récits et des images actuelles. Ces systèmes qui procèdent par accumulation, fusion, transformation, prédiction ne ressembleraient-ils pas à ces bêtes mythologiques, hybrides et monstrueuses par nature, pétries de nos désirs, peurs, fantasmes, contradictions, et à l'origine de constructions artificielles d'autant plus troublantes qu'elles montrent en réalité un reflet saisissant de nous-mêmes ?

© Éléonore Sense
Dans Les Misérables (1862), Victor Hugo invite à réfléchir sur les paradoxes de la nature humaine lorsqu'il suggère que « Nos chimères sont ce qui nous ressemble le mieux ». Bête mythologique, la chimère est une créature composite, faite de désirs, de peurs, de fantasmes et de contradictions. Hugo y voyait une allégorie de la vie intérieure de l’humanité moderne, incarnant tout ce que nous projetons, refoulons et ne parvenons pas tout à fait à nommer.
Dans cette exposition, réunissant dix artistes d'aujourd'hui, cette figure trouve une nouvelle pertinence critique. Elle vient interroger la présence des grands modèles de langage (LLM) et des systèmes d’IA générative comme des chimères contemporaines : des hybrides monstrueux assemblés à partir de milliards de traces humaines, d’archives recomposées, et la froide mathématique de l'identification et de la prédiction des formes. À l’image de la créature antique composée de corps incompatibles, ces systèmes fusionnent des fragments pour produire une forme qui nous persuade de sa cohérence, de sa présence, de sa voix. Ils parlent avec nos mots, recomposent nos histoires, imitent nos affects et, ce faisant, font émerger une hypothèse troublante : ce qui apparaît comme une construction artificielle se montre en réalité comme un reflet saisissant de nous-mêmes.
Nos utopies et nos cauchemars ont toujours été chimériques – des agrégats de l’état d'esprit actuel, invoquant tout ce que nous pourrions un jour imaginer sans pouvoir encore le donner à voir. Ce que font ces systèmes, c'est transformer le texte et l'image en composantes fluides d'un régime d'images sans origine ni référent spécifique. Dans L'Iliade, la chimère est sommairement décrite comme une créature « née des dieux et non des hommes, lion par devant, dragon par l’arrière, et chèvre par le milieu du corps ». Ce qui frappe, c'est la grammaire même de la bête : elle relève de la conjonction, d'une syntaxe débordante. Il y a du « et » là où il devrait y avoir un « ou ». Les systèmes génératifs obéissent à cette même logique. Ils n'opèrent aucune sélection, ni entre les références, ni entre les styles, ni même entre les contradictions. Les grands modèles de langage produisent une image qui est lion-et-serpent-et-chèvre, combinant ce que la loi naturelle devrait maintenir séparé. Le résultat se rapproche davantage du palimpseste : de nombreux textes et images réunis, aucun tout à fait lisible. Pourtant, ils remontent de l'abîme obscur du mythe pour déboucher dans un présent d'une clarté et d'une netteté absolues.
La chimère est une créature native d'Internet, où le mythe viral l’emporte régulièrement sur les faits, où les rumeurs se transforment en consensus et où la copie modifiée est souvent plus visible que l’original. En ce sens, la chimère, en tant qu’allégorie, préfigurait les propriétés du numérique – une créature de la circulation, de la recomposition, de l'image qui voyage si loin de sa source qu'elle devient mutante. Les grands modèles de langage, ainsi que leurs multiples agents et interfaces, sont soumis aux mêmes dynamiques d’accumulation, parvenus à une diffusion de masse. Cette exposition prend place au cœur de cet écosystème : Internet, qui constitue aujourd’hui à la fois un espace privilégié de création artistique et la matière première sur laquelle reposent la plupart des systèmes d’intelligence artificielle. Présenter ces œuvres vidéo en ligne, c’est les inscrire au sein des flux d’images, de récits et d’informations qui traversent Internet. C’est aussi les faire émerger de ce continuum, en les inscrivant dans un contexte institutionnel qui les relie aux réflexions critiques et les débats portés par l’art contemporain.
Œuvres exposées :
Spéculant sur les promesses prédictives des réseaux de neurones, Agnieszka Polska (née en 1985 en Pologne) conçoit un film de science-fiction écoféministe à partir d’images scientifiques des années 1950.
Sofia Crespo (née en 1975 en Argentine) réinterprète un répertoire visuel ancien, The Book of British Algae: Cyanotype Impressions (1843) de la botaniste Anna Atkins, questionnant la tradition de l’observation scientifique à partir des outils du machine learning.
Elsa Werth (née en 1985 en France) concentre sa recherche sur le langage visuel de l’outil de travail et l’abstraction logique de la programmation informatique.
Egor Kraft (né en 1986 en Russie) rend hommage à l’autoréférentialité de l’art conceptuel en mettant à l’épreuve le recyclage autophage, par l’IA, de données générées.
Jonas Lund (né en 1984 en Suède) détourne les codes du soap opera et du film d’entreprise pour livrer une satire mordante du monde de la tech et de l’industrie du bien-être.
Jon Rafman (né en 1981 au Canada) puise dans les rebuts de l’Internet la matière inquiétante d’un récit visuel dystopique, qui va à rebours de l’optimisme technologique.
Une atmosphère crépusculaire ressort également des recherches d’Emmanuel van der Auwera (né en 1982 en belgique), qui mettent en tension l’image documentaire et le filtrage automatisé de l’information.
Lu Yang (né en 1984 en Chine) explore la pictorialité surréelle des images générées, à la croisée d’une mémoire archaïque et d’un imaginaire futuriste. Son alter-ego numérique, DOKU, porte la voix d’un récit initiatique entre deux mondes.
L’œuvre de Ho Tzu Nyen (né en 1976 à Singapour) déploie, à travers une narration en arborescence, entièrement dérivée de contenus en ligne et étrangement incarnée par des enfants, un questionnement philosophique sur l’exercice du pouvoir.
Calendrier de diffusion :
- À l'ouverture de l'exposition en ligne, l’ensemble des œuvres est présenté simultanément.
- Les neuf œuvres sont programmées ensuite par alternance sur une durée de trois mois.
- Une dernière séquence collective est prévue pour clôturer l'exposition.
Quando
14 sep - 13 dic 2026
todos los lunes, martes, miércoles, jueves, viernes, sábados, domingosSocios
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Cette exposition en ligne représente le 3e temps d’une collaboration entre le Centre Pompidou et KADIST – organisation internationale dédiée à l'art contemporain –, consacrée à l’exploration des liens entre création artistique et outils d'intelligence artificielle générative. Elle fait suite à un colloque « L’avenir n’est plus ce qu’il était » (2023) et à une exposition au Centre Pompidou « Apophénies, interruptions : Artistes et intelligences artificielles au travail » (2024).