
« De la violence en Amérique » : miroirs d'une nation au cinéma
Présenté au Mk2 bibliothèque × Centre Pompidou, le cycle De la violence en Amérique fait alterner projections, rencontres et débats autour du thème de la violence et de ses représentations dans la société américaine. Renvoyant à l’essai politique du philosophe Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique (1835), ce cycle prend ses racines dans l'ouvrage Violent America (1971) de l’historien d’art britannique Lawrence Alloway (1926–1990). À l’heure où les États-Unis s’apprêtent à célébrer la première année au pouvoir de Donald Trump, sa relecture résonne avec une acuité troublante.
Alloway ne cherche pas à dénoncer la violence mais à la comprendre : il affirme qu’elle n’est pas un excès, ni une dérive, mais l’un des fondements constitutifs de la nation américaine. À l’instar du maître du Pop Art, Andy Warhol, qui, quelques années auparavant, entamait sa série Death and Disasters, Alloway perçoit dans les images de guerre et de mort développées dans les films d’action, l’envers obscur de l’organisation sociale fondée non sur le droit, mais sur l’exercice de la force.
Alloway ne cherche pas à dénoncer la violence mais à la comprendre : il affirme qu’elle n’est pas un excès, ni une dérive, mais l’un des fondements constitutifs de la nation américaine.
Évoquer sa manière de penser les images aujourd’hui, dans un contexte politique et social où la rhétorique de la puissance et la fascination pour les armes réinvestissent l’espace public, permet d’interroger, en se tournant vers le passé, la persistance de cette pulsion mortifère que continuent de véhiculer les images de cinéma. Entre histoire et actualité, cette enquête sur la violence en Amérique à travers ses films se propose comme un outil critique, un miroir tendu à une Amérique qui, de Harry Truman à Donald Trump, n’a jamais cessé de mettre en scène sa propre mythologie virile et meurtrière.
Ce cycle propose un regard croisé et inédit entre le classicisme hollywoodien qui avait fasciné l’historien d’art et la production cinématographique underground et expérimentale (conservée dans la collection du Centre Pompidou, qui ont traité, en dehors des conventions narratives imposées par les studios, de la violence en Amérique. Les films de Jack Smith, Bruce Conner, Maya Deren, Claes Oldenburg, Stan Vanderbeek et d’autres figures expérimentales dialoguent avec les interrogations d’Alloway sur la culture de masse et la représentation de la violence.
Ce cycle propose un regard croisé et inédit entre le classicisme hollywoodien et la production cinématographique underground et expérimentale.
Le cinéaste Ken Jacobs occupe une place toute particulière au sein de ce cycle. Récemment disparu, on lui doit un essai personnel sur les États-Unis : Star Spangled to Death, une fresque filmique, commencée dans les années 1950, achevée en numérique au début des années 2000. ◼
À lire aussi
Dans l'agenda
En bandeau : Don Siegel, À bout portant, 1964, 35 mm (DCP), coul., son, 95 min, vostf
© Park Circus
© Splendor Films, © Centre Pompidou







