International
Une dynamique originelle
Dès sa création, le Centre Pompidou s’est affirmé comme une institution à la fois ancrée dans la cité et résolument tournée vers l’international.
Que l'on songe à son architecture, « a place for all people » selon les mots de Richard Rogers, un espace de partage et de rencontres, une institution volontairement décloisonnée.
Le choix de confier à Pontus Hultén, homme de musée suédois à la vision cosmopolite, la direction du Musée national d’art moderne en 1973, témoigne de cette volonté. Pour lui, il s’agissait avec le Centre Pompidou naissant, de « situer Paris dans le flux des échanges », d'inscrire la création artistique française dans un dialogue constant avec les scènes internationales. Ce positionnement s’est matérialisé dès les expositions inaugurales – « Paris-New York » (1977), « Paris-Berlin » (1978), « Paris-Moscou » (1979) – qui ont posé les bases d’un musée en réseau, attentif aux croisements entre les avant-gardes, les territoires et les disciplines ; poursuivi par d'autres manifestations de toute aussi grande envergure expressément tournées vers les scènes non occidentales : « Magiciens de la terre » (1989), « Alors la Chine ? » (2003) ou encore « Africa Remix » (2005).
La collection du Musée national d'art moderne obéit à cette même volonté. Héritière de la « galerie royale du Luxembourg, destinée aux artistes vivants » et du Musée national des Écoles étrangères contemporaines, elle est constituée à parts égales d'artistes de la scène française et d'artistes internationaux.
Acteur central dans les échanges entre institutions muséales, le Centre Pompidou pratique une politique de prêts à hauteur de 6 000 œuvres par an, qu'il consent dans des proportions équivalentes sur le territoire national aussi bien qu'à l'international.
C'est à la fin des années 1990, dans le contexte général de transformation des institutions culturelles et de la montée en puissance des logiques de réseau, et à la faveur d'une fermeture temporaire pour travaux, que l'action internationale du Centre Pompidou s'est particulièrement structurée autour de la circulation d’expositions itinérantes, la diffusion de ses savoir-faire scientifiques et culturels, ainsi que le développement de ses ressources propres.
Les Centre Pompidou
Un modèle international singulier et ambitieux
Cette ouverture au monde, constitutive de l'identité du Centre Pompidou, a pris depuis une dizaine d'années une nouvelle ampleur grâce à la mise en place d'un modèle de développement international ambitieux et original, qui le distingue au sein du paysage mondial des musées. Ce mouvement débute en 2015 avec l’ouverture du premier Centre Pompidou hors de France à Málaga, suivi en 2019 d'un projet à Shanghai. Il s'accèlère aujourd'hui avec trois nouveaux sites : Séoul, inauguré en juin 2026, Bruxelles qui le sera en novembre en novembre 2026, et Foz de Iguaçu (Brésil) prévu pour 2028.
Ces initiatives sont autant d’occasions de renforcer la présence du Centre Pompidou à l’échelle mondiale que de nouer des liens durables avec des scènes artistiques locales qui viennent à leur tour nourrir et enrichir sa collection et ses savoir-faire. Opposé à l'idée de vouloir exporter un modèle figé, le Centre Pompidou développe des projets fondés sur des collaborations sur mesure, adaptées à chaque contexte – que ce soit sur le plan architectural, avec de nouvelles constructions comme à Foz do Iguaçu ou la réhabilitation de sites existants, à Bruxelles, Málaga ou Séoul ; ou sur le plan culturel, grâce à des programmes conçus en lien étroit avec les acteurs locaux et adaptés aux enjeux sociaux, culturels et économiques des territoires concernés. Plutôt que des antennes fixes, le Centre Pompidou privilégie des collaborations à moyen terme. Une approche agile, propre à favoriser l'émergence de nouveaux acteurs culturels car elle engage les partenaires publics ou privés à hauteur de leurs moyens et les laisse libres de reprendre le flambeau après quelques années.
Les Centre Pompidou ouverts
Les Centre Pompidou à venir
L'ingénierie culturelle
Hébergeant l’une des deux plus riches collections d’art moderne et contemporain au monde, le Centre Pompidou développe des partenariats avec des musées, des centres d’art, des organismes publics et des entreprises privées.
Fort de dizaines d’années d’expérience dans l’organisation d’expositions itinérantes, la co-création d’espaces artistiques et culturels – depuis Metz en 2010, étendue à l'international jusqu'à aujourd'hui –, ainsi que la conception de programmes et projets de médiation innovants destinés à des partenaires publics ou privés, le Centre Pompidou a acquis un large éventail de compétences.
Programmation 2025-2030
Une constellation internationale
Près de cinquante ans après son ouverture, le Centre Pompidou se lance dans un important programme de rénovation, architecturale aussi bien que culturelle. Ce chantier nécessitant la fermeture de son bâtiment de l'été 2025 à 2030, le Centre Pompidou fait d'une contrainte liée à la nécessité un puissant levier de diffusion, renforçant son rôle de catalyseur de dialogues interculturels et de promotion de l'art moderne et contemporain sur la scène internationale.
Fort d'une longue pratique de prêts d'œuvres – quelques 6 000 prêts par an, dont 50% consentis à l'étranger –, associée à l'exportation de son expertise en ingénierie culturelle, cette période de transition lui permet de rendre accessible au public international une richesse artistique qui serait autrement en réserve grâce à la mise en circulation d'une série d'expositions systématiquement adaptées au lieu, au public et au contexte culturel de l'institution partenaire qui l'accueille. Elle lui offre également l'opportunité de conforter sa politique de partenariats tissée depuis 2023, fondée sur un modèle de collaboration durable, conçu sur mesure, dans une relation d'écoute, d'échange et de co-construction, avec d'autres musées et institutions à l’étranger.
Les expositions en itinérance
Les premières expositions proposées dans le cadre du programme Constellation sont conçues à partir des fonds précieux et uniques par leur ampleur conservés par le Musée national d'art moderne. Elles sont consacrées aux mouvements artistiques emblématiques de la modernité, tels le cubisme, le surréalisme, ou aux figures majeures de l'art du 20e siècle français ou ayant vécu en France : Vassily Kandinsky, Henri Matisse, Marc Chagall, Constantin Brancusi, Robert et Sonia Delaunay…
Le programme d'itinérance, pensé également pour optimiser les mouvements des œuvres par zones géographiques, ne fait pas moins de chacune de ces expositions un événement unique, adapté au lieu, au public et au contexte culturel qui l'accueille. Chaque projet s'appuie sur la collaboration singulière nouée entre l'institution d'accueil et le Centre Pompidou, les dialogues possibles entre leurs collections, les échanges scientifiques et techniques entre leurs équipes. Chaque étape devient l'occasion d'une relecture du projet initial, qui vient nourrir et enrichir la recherche et la création.
Brancusi
Cette exposition rendra hommage à Constantin Brancusi (1876-1957), artiste majeur du 20e siècle, considéré comme le père de la sculpture moderne. Originaire de Roumanie, Brancusi s’installe en 1904 à Paris après avoir traversé toute l’Europe, et choisit de léguer à sa mort l’intégralité de son atelier parisien à l’Etat français. C’est à partir de cette collection de référence qu’est bâti ce projet. Il pourra être associé à un dispositif de visite virtuelle de l’atelier Brancusi, intégralement numérisé en haute définition par le Centre Pompidou.
L’exposition témoignera de sa quête de sublimation de la forme, à même d’exprimer « l’essence des choses », au-delà des apparences pour atteindre un langage universel. Une recherche de formes simples qui ouvre la voie à l’art abstrait, mais qui n'est paradoxalement pas dénuée d’ambiguïté.
Commissariat : Ariane Coulondre, conservatrice, Centre Pompidou – Musée national d’art moderne
Robert et Sonia Delaunay, rythmes sans fin
Le projet « Rythmes sans fin » prend appui sur la richesse du fonds Delaunay conservé au Musée national d'art moderne. Collection entamée dès 1935, en étroite collaboration avec les artistes, elle regroupe peintures, dessins, reliefs, mosaïques, reliures, objets d'art décoratifs, maquettes et décors monumentaux pour l'Exposition internationale des arts et des techniques de 1937, ainsi que de nombreuses photographies documentaires.
Composée d'entre 60 et 80 œuvres, souvent de grands formats spectaculaires, mais aussi de documents photographiques ou filmiques, cette exposition explorera l’aspiration du couple Robert et Sonia Delaunay à mêler art et vie moderne quotidienne.
Commissariat : Angela Lampe, conservatrice, Centre Pompidou – Musée national d’art moderne
Chagall, un cheminement à part
En six chapitres, l'exposition évoquera le parcours de Marc Chagall, né à Vitebsk dans une famille juive modeste en 1887, mort en 1985, deux ans avant son centenaire, et que rien ne destinait à une carrière de renommée mondiale. Resté tout au long de sa vie aux marges des mouvements, plus proche des poètes que des artistes, il est parvenu à créer une synthèse du monde oriental et occidental en amalgamant ses origines russes, ses souvenirs de sa ville natale Vitebsk et les innovations picturales issues du cubisme en un langage puissant, à la fois simple et complexe, dans lequel l’art et la vie se mêlent intimement.
Le parcours rassemblera environ 55 peintures et 9 sculptures, complétées par des entretiens filmés de Chagall, de films documentaires, ainsi qu’une sélection de photographies.
Commissariat : Angela Lampe, conservatrice, Centre Pompidou – Musée national d’art moderne
Jean Dubuffet. Rétrospective
Artiste prolifique, peinte réfractaire aux conventions, tant sociales que picturales, Jean Dubuffet érigea le non-savoir en principe pour créer une œuvre singulière.
Les « premiers travaux » que Dubuffet répertorie comme tels, ceux réalisés à partir de 1942, témoignent de l’intérêt du peintre pour les dessins d’enfant, les graffitis et l’art brut – terme qu’il forge à partir de 1945 pour désigner les productions artistiques de personnes évoluant hors de tout contexte culturel. Il les étudiera et les collectionnera assidûment, cherchant lui-même à atteindre ce déconditionnement, afin de changer la perspective proposée, le regard porté sur les choses, sur le monde.
Toujours en quête d’inventions picturales, Dubuffet illustre ses recherches dans de grandes séries successives. L'exposition présentera les plus significatives d'entre elles, des Matériologies jusqu'aux Non-lieux, en passant par L’Hourloupe qui occupera Dubuffet pendant douze ans, de 1962 à 1974.
Commissariat : Sophie Duplaix, conservatrice du service des collections contemporaines, Centre Pompidou – Musée national d’art moderne
Fernand Léger, peintre de la modernité
Cette exposition sera consacrée à la personnalité exceptionnelle de Fernand Léger, peintre de la ville et de la vie moderne qui célébra les profondes mutations de son époque. Rompant avec les conventions artistiques et cherchant à transcrire le morcellement de la vision et le rythme syncopé d’une société en plein essor, sa peinture – éminemment moderne – concilie l’exigence d’un nouveau langage plastique à une dimension véritablement populaire. Fasciné par son temps, sa création entretient de nombreux liens avec la poésie, le cinéma, mais aussi l’architecture et le spectacle vivant, avec de multiples collaborations artistiques.
De nombreux documents d’archives révèleront les différentes facettes de son travail et montreront aussi l’homme qu’il fut : le théoricien de la peinture, l’infatigable enseignant dans l’atelier duquel se formeront de nombreux artistes, le voyageur doué d’un sens peu commun de l’observation, l’artiste engagé en faveur du progrès social.
Commissariat : Ariane Coulondre, conservatrice, Centre Pompidou – Musée national d’art moderne
Chez Matisse
Recommencer la peinture : Matisse 20/21e siècle
L’exposition se propose de suivre une trajectoire impulsée par Henri Matisse lui-même : au gré de son influence sur des foyers et des territoires, réels et imaginaires, de la création au 20e siècle, au contact des avant-gardes internationales. Avec Matisse, mais aussi après lui.
Une trentaine de peintures qui sont autant de chefs-d’œuvre de Matisse sont placées pour la première fois en regard d’une sélection d’œuvres de la collection du Centre Pompidou. De Sonia Delaunay à Natalia Gontcharova en passant par Daniel Buren, l’exposition veut explorer des parentés qui sont encore à imaginer. Mais aussi bien ses liens contemporains avec la scène russe (Jean Pougny) ou algéroise (Baya, née Fatma Haddad)) notamment. Ou encore les liens transmis par l’œuvre de Matisse : la place du modèle féminin comme objet de désir au travers du thème de la danse chez Zoulika Bouabdellah, par exemple.
Commissariat : Aurélie Verdier, conservatrice, Centre Pompidou – Musée national d’art moderne
Mapping Surrealism
La présence parisienne du surréalisme, les liens entretenus avec André Breton et ses ayants droit, ont permis au Centre Pompidou de constituer la plus importante collection mondiale d’œuvres surréalistes. Conçue à partir de ce fonds en tout point exceptionnel, l’exposition retrace l’aventure du mouvement, depuis son invention en 1924 jusqu’à ses dernières manifestations publiques, au milieu des années 1960.
Construite selon les grands principes poétiques qui ont conduit à la définition de l’inspiration surréaliste (l’appel à l’inconscient, au rêve, aux arts populaires, à la création des déviants ou des « médiums »), l’exposition reviendra sur les inventions techniques qui ont rendu possible une création ouverte à ces forces nouvelles : l’invention d’un art « automatique », l’activité collective, la technique du collage, la place de l’objet. Elle retracera les étapes d’un art surréaliste qui n’eut de cesse de se réinventer, d’essaimer sur l’ensemble du globe, de Prague à Mexico, de la Martinique à New York. Dans la lignée des expositions pluridisciplinaires qui ont marqué l’histoire du Centre Pompidou, elle s’attachera à souligner l’intérêt des surréalistes pour la poésie, la littérature ainsi que pour le cinéma et la photographie.
Commissariat : Didier Ottinger, directeur adjoint du Musée national d’art moderne et Marie Sarré, attachée de conservation, collections modernes, Centre Pompidou – Musée national d’art moderne
Vassily Kandinsky, un pionnier de l’art abstrait
Artiste abstrait tourné vers le spirituel et l’intériorité, Vassily Kandinsky, un des artistes les plus importants du 20e siècle, est rarement associé à l’image photographique, scientifique ou aux illustrations de presse, qui semblent en tous points à l’opposé de son art. Pourtant, le peintre entretient tout au long de sa vie un lien fort avec ces différents types d’images. Celles-ci ne constituent pas uniquement une ressource iconographique pour son œuvre, mais sont également pour l’artiste un sujet de réflexion ou un outil pédagogique, qui permettent de nourrir sa pensée visuelle.
Composée majoritairement à partir de la collection du Centre Pompidou, cette rétrospective inédite, organisée en coopération avec le LaM Lille, permettra de reconsidérer l’importance des images chez Kandinsky, à la fois dans sa peinture, ses théories esthétiques ou ses enseignements.
Commissariat : Angela Lampe, conservatrice, Centre Pompidou – Musée national d’art moderne
Mais aussi…
Miró
Commissariat : Aurélie Verdier, conservatrice, Centre Pompidou – Musée national d’art moderne
Braque / Picasso
Commissariat : Ariane Coulondre, conservatrice, Centre Pompidou – Musée national d’art moderne
La Révolution cubiste
Commissariat : Christian Briend, conservateur, Centre Pompidou – Musée national d’art moderne
Les nouveaux partenariats institutionnels
Afin de faire circuler ses expositions itinérantes à travers le monde, le Centre Pompidou s'engage dans de nouveaux partenariats, dont le choix résulte d'un double impératif :
- ancrer une présence à moyen terme auprès de nouveaux publics et aux côtés d'institutions amies, devenant co-équipières au fil des projets ;
- optimiser les mouvements d'œuvres par zones géographiques par souci de leur impact écologique, aussi bien que le nombre d'étapes par exposition pour des raisons de conservation préventive.
Ainsi de la Fundación La Caixa en Espagne notamment. Institution amie de longue date, un premier accord avait été signé en 2019, renouvelé en 2023 pour une durée de cinq ans. Son réseau de Forums disséminé dans toute l'Espagne accueillera dans un premier temps une grande exposition sur Matisse, ensuite sur l'art optique. Plus au nord en Europe, c'est le H'ART Museum d'Amsterdam qui présentera quatre grandes rétrospectives d'ici 2028. Au Japon, trois projets verront le jour à partir de 2029 grâce au partenariat avec le groupe Asahi Shimbun ; en Océanie, trois autres à la Auckland Art Gallery, le plus grand musée de Nouvelle-Zélande.
Les expositions monographiques réalisées à partir des grands fonds d'art moderne de la collection ne sont qu'une part des échanges internationaux.
Malgré un moratoire indispensable pour gérer les transferts de collections avant le démarrage des travaux, le Centre Pompidou participera aux grandes manifestations de ses partenaires historiques comme le MoMA, associé au Philadelphia Museum of Art pour la rétrospective Marcel Duchamp en 2026, le Metropolitan Museum of Art pour Man Ray ou encore la Peggy Guggenheim collection de Venise pour Maria Helena Vieira da Silva.