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Focus sur... Les fauteuils « Djinn » d'Olivier Mourgue

Des courbes souples, des couleurs vives et une allure venue du futur : les sièges Djinn d’Olivier Mourgue incarnent toute l’audace du design des années 1960. Chauffeuse, fauteuil, pouf, chaise longue... Ils invitent à s’asseoir autrement et trouvent même leur place en 1968 dans le décor de 2001 : l’Odyssée de l’espace, de Stanley Kubrick. Focus sur une famille d'assises emblématique des années pop, conservée dans la collection du Centre Pompidou.

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Dans 2001 : l’Odyssée de l’espace (1968), le docteur Floyd (William Sylvester) fait escale dans une station spatiale, où il converse avec des scientifiques dans un salon aux sièges rouge vif. Leurs courbes souples contrastent avec la blancheur du décor : chez Kubrick, le futur emprunte les habitudes d’un salon d’aéroport. Ces sièges n’ont pourtant pas été conçus pour le film : ce sont les Djinn, dessinés quelques années plus tôt par le designeur français Olivier Mourgue.

 

Derrière cette silhouette immédiatement reconnaissable se cache une petite révolution technique. Dès 1963, Olivier Mourgue s’empare des matériaux nouveaux de son époque pour imaginer des sièges aux formes souples, impossibles à obtenir avec les techniques traditionnelles du bois. Une structure en tube d’acier disparaît sous la mousse de polyuréthane, elle-même enveloppée d’un jersey extensible : une construction qui permet au meuble de s’affranchir des angles et de prendre cette forme continue, presque liquide. La famille Djinn est éditée par Airborne en 1964-1965.

 

Dès 1963, Olivier Mourgue s’empare des matériaux nouveaux de son époque pour imaginer des sièges aux formes souples, impossibles à obtenir avec les techniques traditionnelles du bois.

 

Djinn n’est d’ailleurs pas un fauteuil unique, mais toute une famille : chauffeuse, chaise longue, pouf, sièges « duo »… D’un modèle à l’autre, la même ligne se plie, s’allonge ou s’élargit, comme si elle pouvait changer de forme — à l’image des djinns, ces génies auxquels la série emprunte son nom. Bas, souples et faciles à déplacer, ces sièges rompent aussi avec une conception plus statutaire du mobilier. Ils accompagnent un mode de vie plus informel, où l’on s’assoit plus près du sol et où les éléments peuvent être déplacés et recomposés. Leur enveloppe textile colorée achève de faire disparaître la structure : davantage qu’un assemblage de pieds, d’assise et de dossier, le Djinn apparaît comme un volume continu offert au corps. Plusieurs modèles datés de 1964-1965 sont aujourd’hui conservés dans la collection du Centre Pompidou.

Disparu le 5 octobre 2026, à l’âge de 87 ans, Olivier Mourgue laisse une œuvre étroitement associée à l’effervescence du design français des années 1960. Formé à l’École Boulle puis à l’École nationale supérieure des arts décoratifs, il se fait très tôt remarquer par Airborne. Encore étudiant, il se présente à l’usine de Montreuil avec, sur le porte-bagages de son Solex, le prototype grandeur nature d’un siège réalisé pour un concours. Celui-ci devient le Joker, son premier modèle édité, en 1959 : le début d’une longue collaboration avec l’entreprise.

 

Disparu le 5 octobre 2026, à l’âge de 87 ans, Olivier Mourgue laisse une œuvre étroitement associée à l’effervescence du design français des années 1960.

 

Mourgue développe bientôt un langage fait de lignes souples, de couleurs franches et de formes parfois anthropomorphes. En 1967, il dessine pour Disderot les luminaires Fleurs ; l’année suivante vient le siège-personnage Bouloum, qu’il déclinera notamment pour le pavillon français de l’Exposition universelle d’Osaka en 1970. Ces créations sont elles aussi représentées dans la collection du Centre Pompidou : le lampadaire Fleurs y entre par don en 1994, tandis qu’un Bouloum est acquis en 2010.

 

Les Djinn, eux, entrent dans la collection dès 1993. Plus de soixante ans après leur création, leurs lignes conservent cette étrange familiarité qui avait séduit Kubrick. Dans 2001 : l’Odyssée de l’espace, le futur avait un accent français. ◼