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Secrets d'archi ► Le toit-terrasse du Centre Pompidou

(Épisode 10/10) Au Centre Pompidou, il existe un Paris que presque personne ne voit. Il se découvre sur le toit, à quarante et un mètres de hauteur, au milieu des tuyaux colorés et des tours de refroidissement. Dernier épisode de notre série d'articles consacrée à l'architecture du bâtiment Beaubourg avec l'extraordinaire visite d’un sommet qui s'ouvrira dans quelques années aux publics.

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L’architecte Le Corbusier popularisera au 20e siècle l’expression de « cinquième façade » pour désigner le toit d’une construction. Si cette partie n’est pas toujours la plus travaillée, au Centre Pompidou, c’est plutôt le clou du spectacle. Zigzaguez avec nous entre la tuyauterie multicolore, dans un lieu fréquenté habituellement par les pigeons et quelques pompiers avec la meilleure vue de Paris.

 

Dans l’un des passages les plus célèbres du roman Notre-Dame de Paris, Victor Hugo fait la description de « Paris à vol d’oiseau », dans un chapitre du même nom. Il s’imagine virevoltant au-dessus des immeubles de la capitale et décrit avec lyrisme ses rues, ses monuments, son relief, etc. C’est ce livre qu’il faudrait mettre dans sa poche si l’on prévoit de passer un peu de temps sur le toit du Centre Pompidou.

Culminant à quarante et un mètres de haut, cet espace fermé au public n’est visité que par les quarante pompiers du Centre Pompidou et les équipes chargées de son entretien. Après avoir montré patte blanche et emprunté un ascenseur rouge pétant, c’est assurément la plus belle vue du centre de Paris qui s’offre à l’heureux visiteur. À hauteur de gargouille, on voit tout : de la flèche de Notre-Dame au dôme du Panthéon, des tours Mercuriales à Bagnolet, jusqu’à la nouvelle tour Triangle, porte de Versailles.

 

Hissé à ce niveau, on perçoit surtout très nettement la nappe grise du « vélum parisien » qui a tant cristallisé les discussions lors du concours d’architecture de 1971 pour la réalisation du musée. Le terme de « vélum », dérivé du latin, désigne la hauteur moyenne des toits de la ville. Recouvert principalement de zinc par les couvreurs-zingueurs parisiens dont le travail est classé à l’Unesco, le plafond parisien dépasse rarement les vingt mètres, et encore moins fréquemment dans les arrondissements centraux.

 

 

Dès le départ, les architectes du Centre Pompidou, Richard Rogers et Renzo Piano, assument le contraste. Interrogés en 1987, ils déclarent : « Il était d’ailleurs impossible d’harmoniser ce bâtiment avec la ligne des toits du siècle dernier. Sa fonction était tellement nouvelle qu’elle ne pouvait conduire qu’à un objet étrange, une sorte de vaisseau spatial ronronnant au-dessus de la clairière où il s’était posé […]. » Dont acte !

 

Il était d’ailleurs impossible d’harmoniser ce bâtiment avec la ligne des toits du siècle dernier. Sa fonction était tellement nouvelle qu’elle ne pouvait conduire qu’à un objet étrange, une sorte de vaisseau spatial ronronnant au-dessus de la clairière où il s’était posé […]. 

Richard Rogers et Renzo Piano

Une forêt de tuyaux au-dessus des toits

Le panorama qu’offre le toit du bâtiment, pour spectaculaire qu’il soit, ne se donne pas dans un espace accueillant. On y arrive avec un casque de chantier, car on s’y cogne beaucoup, avec un masque FFP3 puisqu’on est au milieu des émanations des tuyaux, et des chaussures de protection. C’est donc bien protégé que l’on peut déambuler au cœur de cette mangrove multicolore, où se retrouve le code couleur du bâtiment : jaune électricité, air bleu, vert eau, rouge monte-charges.

 

Dans cette atmosphère de navette spatiale, blindée de téléphones rétro, de capteurs météo et de caméras, on tombe vite sur le « summum » : les quatre sculpturales tours de refroidissement se dressent monumentalement.

 

Dans cette atmosphère de navette spatiale, blindée de téléphones rétro, de capteurs météo et de caméras, on tombe vite sur le « summum » : les quatre sculpturales tours de refroidissement se dressent monumentalement. Elles servent à climatiser le bâtiment ; pourtant, elles sont blanches, et pas bleues, comme le voudrait la nomenclature. Cette incartade chromatique est la conséquence d’une demande du président Valéry Giscard d’Estaing, qui goûtait peu ces touches de couleur trop visibles. Il imposa qu’elles prennent la couleur blanche pour rester plus discrètes.

 

En avançant vers la Piazza, le toit se libère progressivement : moins de tuyaux, moins de couleurs, seules les prises d’air en trompe d’éléphant donnent à l’ensemble des airs de bateau de croisière. On s’y sent comme à la proue du « […] paquebot de l’avenir dans nos ports ensablés », que décrivait l’écrivain Jean d’Ormesson dans les colonnes du Figaro du 31 janvier 1977 pour son ouverture.

Reprendre le toit

Aujourd’hui, les terrasses accessibles les plus hautes sont celles du niveau 6. Pour la rénovation du Centre Pompidou, actuellement en cours, les architectes de l’agence Moreau Kusunoki concrétisent un rêve : rendre accessible le toit-terrasse du niveau 7 du Centre Pompidou.

 

Pour la rénovation du Centre Pompidou, prévue pour 2030, les architectes de l’agence Moreau Kusunoki concrétisent un rêve : rendre accessible le toit-terrasse du niveau 7 du Centre Pompidou.

 

« C’est une sorte de cerise sur le gâteau », déclarait le président du Centre Pompidou Laurent Le Bon, présentant le projet de rénovation, avant d’annoncer que « […] s’ouvrira pour la première fois [aux visiteurs] le panorama sur la ville et la terrasse du niveau 7 ».

Bientôt, à quelques mètres de la machinerie, les Pompidophiles pourront profiter de la vue. Les architectes Nicolas Moreau et Hiroko Kusunoki mettent en garde : « On ne peut pas rajouter de charges sur le toit donc, on ne va rien y construire. On pourra y mettre des choses légères, des installations provisoires, mais on ne veut surtout pas toucher à la skyline ! ». 

 

Avant de poursuivre : « Être posé à côté de toutes ces machines, ça va être une découverte absolument géniale pour tout le monde. Si ce toit n’a pas été pensé pour accueillir du public à l’origine, je pense qu’on ne dénature pas le projet en lui permettant d’y avoir accès. » Le rendez-vous est pris. Il faudra patienter quelques années pour s’offrir collectivement la plus belle vue panoramique de Paris : criez-le sur tous les toits ! ◼